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Attentats de Londres : pourquoi la France est également menacée
(Note d'analyse)

Après la série d’attentats ayant frappé Londres, le gouvernement français a décidé de relever de l'orange au rouge le niveau d'alerte du plan Vigipirate. Cette décision, annoncée à l’issue d’une réunion interministérielle justement consacrée, hasard du calendrier, aux questions de sécurité et à la menace terroriste, n’est, naturellement, pas de pure forme.
Elle se justifie notamment par une conjonction de facteurs propres à aggraver, au fil des semaines et des mois à venir, la menace terroriste qui pèse sur notre pays. Parmi ces facteurs, on soulignera notamment les éléments suivants :

1. Anciens facteurs de risques

- La France a toujours combattu avec vigueur le terrorisme islamiste et dispose même, sur ce terrain, d’une certaine antériorité par rapport à certains de ses alliés. Elle a notamment pris toute sa part dans la guerre au terrorisme engagée au lendemain des attentats du 11 septembre. Depuis 2002, pas moins de 230 activistes islamistes présumés ont été interpellés en France. Même si les dirigeants américains ont été longtemps réticents à l’admettre publiquement, l’efficacité des services français de police et de renseignement a été constamment saluée par leurs homologues d’outre-Atlantique. Comme en témoignent les récentes révélations concernant l’existence d’une structure transatlantique basée à Paris et dédiée à la traque d’Al-Qaida, la coopération entre les services antiterroristes européens, français et américains est très poussée. Enfin, la France est militairement présente en Afghanistan aux côtés des Américains.

- La France conserve un lourd contentieux avec la mouvance salafiste d’Afrique du Nord qui a été à l’origine de la sanglante vague d’attentats de 1995. Or, ce qui reste de cette mouvance a fait allégeance à Al-Qaida et a été impliqué dans les plus sanglants attentats perpétrés ces dernières années : Casablanca, Madrid et, peut-être, Londres. Certaines sources britanniques évoquent ainsi la possible implication d’un ressortissant marocain dans l’opération de jeudi matin. De son côté, Roland Jacquard, président de l’Observatoire international du terrorisme, a révélé vendredi que les analystes des services occidentaux estimaient que le texte de revendication des attentats de Londres avait probablement été rédigé par des ressortissants d’Afrique du Nord. Si elle est confirmée, cette implication de djihadistes d’origine maghrébine dans les attentats de Londres, constituerait une très mauvaise nouvelle pour la France : en raison des liens importants qu’elle entretient avec les pays d’Afrique du Nord, notre pays se retrouverait, de fait, particulièrement exposé.

2. Nouveaux facteurs de risques

- Les effets du veto français à la guerre américaine contre l’Irak s’estompent. Il convient ici d’apporter une précision : jamais la mouvance djihadiste n’a su gré à la France de tenir tête aux États-Unis lors de la crise irakienne. Le combat djihadiste s’inscrit dans des perspectives eschatologiques et messianiques à mille lieues de ces considérations diplomatiques. Cependant, comme l’a magistralement démontré François-Bernard Huyghe*, « le terrorisme est, avant tout, une guerre de l’information ». Lorsqu’il commet un attentat, le terroriste lance un double message. Il s’adresse à ceux qu’ils frappent, mais également à ceux qu’il prétend défendre ou venger. C’est là ce qui faisait de la France une mauvaise cible : la fameuse « rue arabe » n’aurait pas compris que les terroristes frappent un pays qui venait de se dresser contre l’impérialisme américain. Mais, hélas, le crédit dont jouissait la France, auprès des populations arabes s’estompe peu à peu. Il s’estompe sous l’effet du temps. Il s’estompe aussi sous l’effet d’un certain infléchissement de la politique étrangère française qui, sans s’aligner sur les positions américaines, s’en est fortement rapprochée à plusieurs reprises et parfois même de façon spectaculaire, comme sur la question libano-syrienne. Il faut par ailleurs observer qu’en Irak une partie au moins de la guérilla n’effectue plus aucune distinction entre les pays qui ont soutenu l’initiative américaine et ceux qui s’y sont opposés, comme en témoigne la très violente embuscade dont a été victime, voici quelques jours, l’ambassadeur de Russie.

- Les filières irakiennes risquent de fonctionner à l’envers en rapatriant en Europe une nouvelle génération de djihadistes. C’est probablement l’effet le plus pervers de la guerre d’Irak. De même que l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique a suscité l’émergence de la génération de djihadistes qui est à l’origine de la nébuleuse Al-Qaida, le djihad en cours en Irak va nécessairement donner naissance à une nouvelle génération de combattants. Or, un nombre significatif de ressortissants européens, principalement des jeunes d’origine nord-africaine en mal de repères, a combattu dans les rangs de la guérilla irakienne. Ils s’y sont aguerris, ils ont acquis des capacités opérationnelles et ont appris à tuer et à vaincre la peur de mourir. Ils ont aussi noué des contacts avec des djihadistes venus du monde entier. Ils constituent donc une nouvelle nébuleuse terroriste en gestation, dont les services européens craignent qu’ils ne reviennent en Europe avec la volonté d’y poursuivre djihad pour tout bagage (Voir notamment les Lettres Sentinel n°21 de décembre 2004 et n°25 d’avril 2005).

- La France va jouer un rôle croissant sur un échiquier afghan en voie de réchauffement. Le message de revendication des attentats de Londres fait explicitement référence à l’Irak, mais également à l’Afghanistan, ce qui est plus inédit : « Nous avertissons encore les gouvernements du Danemark et d'Italie et ceux de tous les Croisés qu'ils connaîtront le même sort [que la Grande-Bretagne] s'ils ne retirent pas leurs troupes d'Irak et d'Afghanistan » menacent les auteurs/commanditaires présumés des attentats de Londres. Or, si la France est pour ainsi dire absente d’Irak, elle est, en revanche, massivement présente en Afghanistan et devrait même voir son rôle croître dans les semaines à venir puisque, suite à une réorganisation des forces internationales présentes dans ce pays, la France devrait se voir confier la sécurisation de Kaboul et de la région centre. Cette réorganisation n’est pas mineure pour notre pays : elle nécessiterait l’envoi sur place de 300 à 500 militaires français en plus du petit millier déjà présent. Surtout, elle tombe au plus mauvais moment : non seulement les forces américaines viennent d’y subir une série de revers dans des accrochages avec les taliban, mais l’approche des élections législatives, prévues pour le 18 septembre prochain, va susciter un regain d’intérêt médiatique pour tout ce qui se déroule dans ce pays. Une plus forte médiatisation du rôle joué par la France en Afghanistan contribuera à exposer davantage notre pays.


* Voir notamment son ouvrage La Quatrième guerre mondiale, faire mourir et faire croire, Le Rocher 2004 et sa rubrique mensuelle dans la Lettre Sentinel.

Christophe Blanc

Rédacteur en chef
de la Lettre Sentinel


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Sentinel N°48
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