|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
“Nous voulons établir un dialogue amical avec l’Occident et la Russie.”
Entretien avec Yulia Tymoshenko Entretien paru dans la Lettre Sentinel 47 de septembre-Octobre 2007Que ferez-vous, si vous êtes nommée Premier ministre ? Notre gouvernement privilégiera une politique économique saine, favorisant les investissements étrangers et le développement des atouts ukrainiens : infrastructures industrielles, ressources naturelles et capital intellectuel de l'Ukraine. On vous a reproché de décourager les investissements en supprimant les privilèges des zones économiques libres (ZEL), reconstitués par le gouvernement actuel… Le fonctionnement des zones économiques libres dans leur acceptation actuelle favorise la corruption et nuit à la libre concurrence. Nous pensons remplacer les ZEL par des zones d’investissement prioritaire. Les entreprises qui s’installeront dans ces zones seront libres de taxes pour la production de marchandises destinées à l’exportation : de fait, elles instaureront leur propre zone douanière. L’équipement importé en Ukraine pour la construction de ces entreprises sera également libre de taxes. Le régime fiscal pour l’importation des composantes nécessaires à la production des entreprises au sein de ces zones sera très favorable pendant les cinq premières années de leur activité. Les produits destinés au marché ukrainien seront cependant taxés dans le régime général. Nous pensons introduire ces zones dans le mois suivant l’arrivée du nouveau gouvernement. Et concernant les privatisations d’entreprises ? La modification des lois sur les appels d’offres sera une des premières questions à aborder pour le nouveau Parlement, car vous savez que l’économie souterraine est puissante en Ukraine, ainsi que la corruption. Beaucoup d’entreprises sont actuellement en faillite, à cause de ventes de complaisance. Ceci nuit aux infrastructures nationales, à l’économie nationale, mais surtout, cela ruine des vies, à cause des licenciements massifs qui en découlent. Nous souhaitons instaurer des ventes aux enchères, libres et transparentes. Chaque privatisation autorisée s’accompagnera d’un pack d’obligations d’investissement - comme c’était le cas pour l’usine Kryvorozhstal, l’une des uniques privatisations réussie depuis la fin de l’ère Koutchma (l’ancien président ukrainien chassé en 2004 par la Révolution orange). Je sais que ces méthodes fonctionnent, et qu’elles sont très bien acceptées par les investisseurs honnêtes. De nombreux acquéreurs ont procédé ainsi, lorsque j’étais Premier ministre et, aujourd’hui, ils s’en félicitent… Et les Ukrainiens également ! Votre programme se base également sur la « percée ukrainienne ». C’est-à-dire ? Avec le ByuT, pour redresser l’économie nationale, nous souhaitons multiplier les partenariats économiques entre l’Occident et l’Ukraine. Le 10 septembre, nous avons présenté un programme d'accélération des investissements en Ukraine, qui repose sur les points suivants : l’instauration indispensable d’un cadre légal stable permettant des investissements durables ; des politiques fiscales et administratives favorisant les investissements ; une réforme agraire ; un programme complet d'indépendance énergétique ; une promotion du commerce international. Plus de 300 représentants de grands groupes occidentaux étaient intéressés. Entre autres : Alico AIG Life, Bosch, Cardinal, Citibank, Danone, Deloitte, DHL, Honda, IKEA, ING Bank, Kraft Foods, Microsoft, Motorola, Philip Morris International, Price waterhouse Coopers, Shell et Siemens. Nous avons reçu le soutien de nombreuses ambassades et d’organisations, telles l'USAID, l'IFC, la Banque mondiale, l'association des entreprises européennes et la chambre américaine du commerce. Sur le plan des relations internationales, pensez-vous pouvoir améliorer les relations entre l’Ukraine et la Russie ? Nous pouvons travailler avec n’importe quel gouvernement. Mais je ne permettrai pas que l’on humilie l’Ukraine. Pour l’instant, chacun sait que nous avons un contentieux avec la Russie, avec qui nous avons ratifié un contrat sur la stabilité du prix du gaz jusqu’en 2010. En 2006, tous les contrats ont été rompus unilatéralement. Le tribunal de Stockholm, que nous avons saisi, nous donnera vraisemblablement raison. Dès lors, le prix du gaz cessera d’être un moyen de pression dans les relations russo-ukrainiennes, qui reprendront sur de nouvelles bases. Nous devons proposer à la Russie une politique nette, équilibrée et mutuellement profitable. La Russie comprendra alors qu’elle travaille avec un partenaire amical, transparent et indépendant. Nous ne sommes pas des ennemis de la Russie ! Le politologue ukrainien Vadym Karasiov pense pourtant que vous constituerez « un solide allié de l’Europe face à Moscou ». Qu’en pensez-vous ? J’en pense que l’Ukraine n’a pas vocation à être instrumentalisée. Nous voulons établir un dialogue amical avec l’Ouest et la Russie, dans le respect – et c’est le principal – des intérêts ukrainiens et de notre indépendance nationale. Il est cependant évident que la réactivation d’une coalition orange rendrait à Kiev son important rôle géopolitique en Europe, puisque l’Ukraine est incontestablement un élément clé pour préserver la sécurité énergétique et la diversification des approvisionnements en hydrocarbures de l’UE. C’est-à-dire ? L’Ukraine est située au carrefour des zones de réserves et d’acheminement des hydrocarbures d’Asie centrale et du Caucase, ses façades maritimes offrent des voies de désenclavement par la mer Noire, permettant au gaz et au pétrole d’arriver en Europe, via la Méditerranée. Je travaille à la mise en place, avec les pays européens et les Etats-Unis, d’un corridor de transport du gaz, capable de relier le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkmenistan à l’Europe, à travers les mers Noire et Méditerranée, via la Georgie et l’Ukraine. Avec l’Europe, nous avons aussi des projets liés à l’énergie nucléaire, je pense notamment à la fourniture d’électricité - que nous produisons au-delà de nos besoins nationaux. Nous voulons, à terme, constituer un membre valable de l’UE et montrer que notre intégration n’est pas seulement une chance pour l’Ukraine ! Pierre-Alexandre Bouclay et Tetyana Zyma
Pierre-Alexandre Bouclay est journaliste spécialisé sur l'Europe de l'Est et les questions de Sécurité/Défense. Titulaire d’un DEA d’histoire des idées politiques, il est également conférencier en Relations internationales à l'université nationale de linguistique de Kiev et à l'École supérieure de commerce de Nancy. Il collabore régulièrement aux magazines Valeurs actuelles, et Spectacle du Monde, ainsi qu’à l'Eco magazine (Suisse), à Tribuna (Russie), et à Korrespondant (Ukraine). Tetyana Zyma est journaliste et consultante indépendante. Titulaire d'un magistère de l'université nationale linguistique de Kiev et d’un master de l'université de Tours en sociolinguistique, elle est spécialisée dans les questions commerciales en Europe post-soviétique. Elle exerce notamment au service d’entreprises occidentales souhaitant s’implanter en Ukraine ou développer des activités d’import-export avec ce pays. © Sentinel, analyses et solutions |
Sentinel N°48 Internet, jeux d'argent et criminalité organisée - Internet et jeux d’argent : le nouveau défi des établissements de crédit face à la cybercriminalité > - Paris et jeux d’argent, sous la constante menace du crime organisé > Et aussi : - Vente d’avions chinois à l’Iran : un nouveau test pour l’occident ? > - Les causes économiques et sociales de la stabilité politique en Russie > - Sécurité et mobilités : un nouveau défi pour les entreprises ? > - Lutte antiterroriste : Détection cynophile et capacités mémo-sensorielles : le retour aux sources > - Des financiers de la terreur dans l’entourage d’Erdogan ? > - Lectures stratégiques > - Al-Qaida, l’Afrique et le terrorisme du désert > - Confidentiels > |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||