Sentinel - Analyse & Solutions

POURQUOI SENTINEL ?

LA LETTRE >

Ce mois ci

Intervenants

Anciens numéros

Articles libres d'accès

Téléchargement

Abonnement

LES FORMATIONS >

Les thèmes

Les formateurs

Les formules

INFO

Liens

Agenda

Documentation

Livres

CONTACT

MAILING-LIST


Allocution du Premier ministre pour les 70 ans de l'IHEDN
"Aujourd’hui plus que jamais, les questions de défense et de sécurité constituent des enjeux majeurs qui préoccupent l’ensemble de nos concitoyens."

L’IHEDN est un lieu essentiel de la réflexion stratégique dans notre pays. Dans un monde qui ne cesse d’évoluer, où les enjeux de défense pèsent de plus en plus sur les décisions politiques, vous avez un rôle majeur à jouer. Votre institut a également su s’imposer comme un lieu d’échange et de dialogue ouvert sur le monde, comme le montre sa contribution à l’organisation du Forum sur le continent africain dont la 7e édition se clôture aujourd’hui.

Vous tous, auditeurs de l’IHEDN, vous avez à défendre un lien particulier entre l’armée et la nation, entre l’esprit de défense et l’esprit citoyen. C’est pour cela que je suis particulièrement heureux de m’exprimer devant vous aujourd’hui.

Permettez-moi d’abord de vous dire, et de dire en particulier au ministre de la Défense, Michèle ALLIOT-MARIE, au chef d’Etat-major des armées, le général BENTEGEAT, et à tous les hauts responsables militaires qui sont présents parmi nous aujourd’hui, à quel point je suis fier de notre armée.
Fier d’abord de la capacité d’adaptation exceptionnelle dont elle a fait preuve ces dernières années, afin de répondre aux nouvelles menaces avec la plus grande efficacité.
En quelques années, nous sommes passés d’une armée de conscription à une armée de métier.
En six ans, nos armées sont passées de 500 000 à moins de 350 000 hommes et femmes. Elles y ont gagné en réactivité, en capacité d’intervention et en efficacité.
Tout l’enjeu aujourd’hui, c’est de renforcer les liens entre les professionnels de la défense et les acteurs de la société civile. C’est le sens de la loi sur les réserves du 18 avril 2006. C’est aussi un défi auquel je sais que tous les militaires sont particulièrement attachés : ouvrir davantage les armées sur le monde, faire connaître ses talents, son professionnalisme, son sens du devoir et du service, c’est essentiel pour rapprocher l’armée des Français.
En matière de doctrine, vous savez tous que la dissuasion nucléaire reste au cœur de notre autonomie stratégique. Elle demeure la garantie fondamentale de notre sécurité. Car le champ de la dissuasion correspond à celui de nos intérêts vitaux qu’il appartient au chef de l’Etat d’évaluer. Comme l’a rappelé le Président de la République le 19 janvier dernier à l’Ile Longue, la perception de nos intérêts vitaux évolue au rythme du monde. Ils doivent être réappréciés en permanence.
Pour accompagner ces évolutions, le gouvernement a fait un choix : appliquer rigoureusement la loi de programmation militaire, afin de redresser notre outil de défense et de lui donner les moyens de faire face aux nouveaux enjeux.

Des équipements nouveaux entrent en service cette année : le Rafale dans l’armée de l’air, l’hélicoptère Tigre à l’école franco-allemande du Luc en Provence, les deux bâtiments de projection et de commandement à la marine, les premiers équipements Félin pour les combattants de l’infanterie, ou encore le satellite Syracuse III-B ainsi que des capacités de commandement multinational.
Cet effort, je voudrais rappeler qu’il est indispensable.
Nous le devons d’abord aux femmes et aux hommes qui sont prêts à donner leur vie pour la défense de nos intérêts, pour la protection de nos concitoyens et de nos ressortissants à l’étranger, pour prévenir les risques et faire face aux catastrophes humanitaires de grande ampleur. J’ai rencontré hier à Mourmelon les militaires du 501e-503e régiment de chars de combat. J’ai pu constater cet engagement et cette grande polyvalence qui sont la marque de l’armée française toute entière.
Cet effort, nous le devons aussi à la défense de nos intérêts fondamentaux et à l’affirmation de la France sur la scène internationale.
Nous le devons enfin au maintien de savoir faire technologiques exceptionnels, d’un tissu industriel performant et d’environ 350.000 emplois directs et indirects sur l’ensemble du territoire national.
C’est pour cela que cet effort doit être poursuivi sans relâche. La bataille de la technologie se gagne tous les jours en matière de renseignement, de protection de nos forces et surtout dans le domaine de l’espace. C’est l’un des enjeux du programme de satellite européen Galileo.

2. Une armée de métier, soutenue par l’ensemble de la nation, c’est la meilleure garantie pour protéger les Français.

Face aux nouveaux risques, face aux nouvelles menaces, nos concitoyens veulent être protégés. Ils ont des attentes légitimes, auxquelles nous devons apporter des réponses fortes.
Ils veulent d’abord être protégés face aux menaces conventionnelles et non conventionnelles. C’est le cœur du métier militaire, la première mission des armées.
Cette mission, elles la remplissent sur les théâtres d’opération extérieurs en Bosnie, au Kosovo, en Côte d’Ivoire ou en Afghanistan. Elles jouent un rôle majeur dans le règlement de ces crises régionales, qui nourrissent le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive et les trafics de toutes natures. Je tiens à rendre hommage à nos 11 000 soldats engagés dans des opérations extérieures. Mes pensées vont plus particulièrement à ceux qui, récemment encore, ont donné leur vie et qui ont été blessés dans l’accomplissement de leur devoir au service de notre pays. Je voudrais assurer de notre reconnaissance ces hommes et ces femmes qui portent encore dans leur chair les marques de leur engagement. Je voudrais dire aux familles de ceux qui ont été tués tout notre soutien et toute la solidarité de la Nation.

Les armées assurent aussi en permanence la protection de nos concitoyens sur l’ensemble du territoire français. Je pense notamment à la lutte contre le terrorisme, à la sécurité des gares, des ports, des aéroports et de divers points sensibles du territoire national. En plus de la gendarmerie engagée au quotidien, environ 900 militaires sont ainsi déployés chaque jour dans le cadre du plan Vigipirate. 4 à 6 patrouilles de Mirage 2000 et 4 hélicoptères sont en alerte 24 heures sur 24 et décollent plusieurs fois par jour pour contrôler des avions dont le comportement semble suspect. Des avions et des bateaux de la marine nationale assurent au quotidien la surveillance de nos approches maritimes.
Les Français attendent aussi de l’armée qu’elle intervienne en cas d’accident ou de catastrophes naturelles, sanitaires, et technologiques. Face à ces risques, les armées sont souvent les seules en mesure de déployer, avec la réactivité nécessaire, les moyens humains et matériels suffisants.
Leur action est indispensable sur le territoire national, pour participer aux missions de recherche et de sauvetage, d’évacuation sanitaire ou d’assistance en vol. Elles jouent un rôle majeur dans la lutte contre les feux de forêt et la pollution maritime ou pour porter secours aux populations sinistrées. Elles sont présentes lorsque des menaces sanitaires comme le chikungunya ou la grippe aviaire menacent nos concitoyens. Elles contribuent enfin à la lutte contre le trafic de stupéfiants et contre l’immigration clandestine.

L’action des armées est également essentielle à l’étranger, face aux grandes crises humanitaires. Je pense au tsunami en Asie du sud-est et au tremblement de terre au Pakistan.
Dans toutes ces circonstances dramatiques, les armées, la gendarmerie et le service de santé effectuent un travail remarquable et apportent en permanence la preuve de leur professionnalisme.
Pour tous nos concitoyens, l’armée incarne enfin un ensemble de règles et des valeurs auxquelles ils sont attachés.
Pendant longtemps, le service militaire a été le creuset de l’intégration républicaine. Il n’existe plus aujourd’hui et il n’est pas question de revenir sur cette décision. Mais il y a dans notre pays une volonté d’engagement à laquelle nous devons répondre. Nous devons permettre à tous ceux qui le souhaitent de s’engager au service de leurs concitoyens, par exemple dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de l’action humanitaire. C’est l’objectif du service civil volontaire dont le Président de la République a souhaité la création en novembre dernier.

Par ailleurs, l’armée peut apporter un soutien déterminant aux jeunes en difficultés. Elle peut leur donner des repères et leur permettre d’acquérir une expérience précieuse pour leur carrière professionnelle. C’est pour cela que j’ai voulu créer le dispositif "défense deuxième chance".
Grâce au travail remarquable effectué par Michèle ALLIOT-MARIE, avec le soutien de Jean-Louis BORLOO, six centres "Défense deuxième chance", encadrés par d’anciens militaires entourés d’enseignants et de formateurs professionnels, fonctionnent déjà.
Les premiers résultats sont extrêmement encourageants et nous poursuivons dans cette voie, avec l’ouverture d’une vingtaine de centres supplémentaires d’ici la fin de l’année.
(…)

Nous devons enfin poursuivre le développement de l’Europe de la Défense, qui permettra de faire de l’Union européenne un acteur de premier plan au service de la paix.

La politique européenne de défense est une dimension fondamentale de l’Europe des projets. C’est un vrai sujet de consensus de nos opinions publiques qui attendent une Europe efficace sur la scène internationale. C’est un des domaines où nous avons accompli le plus de progrès ces dernières années.
Nous avons ainsi mis en place des outils diplomatiques et militaires essentiels, comme l’Etat major de l’Union européenne, doté d’une cellule de planification civilo-militaire, les groupements tactiques 1500 et la Force de gendarmerie européenne. L’Union a conduit ses premières opérations militaires, en Macédoine, en Ituri, en Bosnie et participe à de nombreuses opérations de gestion civile des crises.
Nous devons poursuivre cet effort. Je souhaite que le centre d’opérations de l’Etat major européen soit très rapidement opérationnel. Parallèlement, je souhaite que l’Agence européenne de défense développe un programme de travail complet et ambitieux. Cela nous permettra de progresser sur les grands défis technologiques de demain. Cela nous permettra aussi d’encourager en Europe la recherche de pointe et la création d’emplois.

Le développement de l’Europe de la défense renforce la complémentarité entre l’OTAN et l’Union européenne dans la gestion des crises. La France continuera à apporter sa contribution à l’Alliance et jouera un rôle majeur dans sa transformation, notamment au travers de sa force de réaction rapide. Je voudrais d’ailleurs rappeler que la France constitue le troisième contributeur de troupes aux opérations extérieures de l’OTAN et le quatrième contributeur aux budgets de l’Alliance.

Aujourd’hui plus que jamais, les questions de défense et de sécurité constituent des enjeux majeurs qui préoccupent l’ensemble de nos concitoyens. La responsabilité du gouvernement, c’est de leur apporter des réponses.
Pour cela, nous devons tous nous mobiliser. L’armée, bien sûr, qui est en première ligne pour protéger notre territoire comme pour stabiliser les régions en crise. Mais aussi l’ensemble de la communauté nationale. Je compte sur l’IHEDN pour diffuser l’esprit de défense dans notre société.
A quelques mois d’échéances politiques majeures, il est bon que nous puissions nous retourner ensemble sur le chemin parcouru. Un septennat, l’essentiel d’un quinquennat ont montré que la détermination, que la vision, que l’engagement permettaient une transformation majeure au sein de notre armée ; permettaient de nous doter de l’outil indispensable pour garantir notre sécurité.
Pour cela il a fallut bien sûr la vision, l’exigence, la détermination quotidienne du Président de la République. Il a fallu la vigilance, la volonté, la ténacité de la Ministre de la Défense. Pour tout cela, je crois qu’il y a valeur d’exemple : la continuité de l’engagement, la patience, la qualité des hommes et de femmes à servir un idéal plus grand que nous, un idéal français, un idéal qui nous rassemble. Je crois que cela constitue un beau thème de méditation pour la société civile comme pour la société militaire.

Je vous remercie.

Dominique de Villepin



© Sentinel, analyses et solutions

Sentinel N°48
Couverture du n° 48
Internet, jeux d'argent et criminalité organisée
- Internet et jeux d’argent : le nouveau défi des établissements de crédit face à la cybercriminalité  >
- Paris et jeux d’argent, sous la constante menace du crime organisé  >

Et aussi :
- Vente d’avions chinois à l’Iran : un nouveau test pour l’occident ?  >
- Les causes économiques et sociales de la stabilité politique en Russie  >
- Sécurité et mobilités : un nouveau défi pour les entreprises ?  >
- Lutte antiterroriste : Détection cynophile et capacités mémo-sensorielles : le retour aux sources  >
- Des financiers de la terreur dans l’entourage d’Erdogan ?  >
- Lectures stratégiques  >
- Al-Qaida, l’Afrique et le terrorisme du désert  >
- Confidentiels  >

Sentinel,
Analyses & Solutions
36, rue Scheffer
75 116 Paris
info@infosentinel.com