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En marge de Madrid : nouveaux liens entre terrorismes gauchiste et islamiste ? ETA ou Al-Qaida ? Pour Atmane Tazaghart, l'hypothèse d'une collaboration entre les deux groupes n'est pas à exclure, tant une fraction des groupes terroristes gauchistes européens éprouverait de l'admiration pour le combat "anti-impérialiste" de la nébuleuse du Jihad. Les sanglants attentats qui ont frappé Madrid, le 11 mars 2004 sont troublants car, à bien des égards, ils portent, à la fois, la signature de l'organisation islamiste Al-Qaida et celle du groupuscule séparatiste basque ETA. Les experts ont ainsi relevé un ensemble d'indices indiscutables accusant l'ETA. Il y a d'abord la nature de l'explosif utilisé, un genre particulier de dynamite, jamais encore utilisé par Al-Qaida mais dont les séparatistes basques sont familiers. De plus, on sait qu'après avoir fait échouer récemment plusieurs tentatives d'attentats les experts espagnols craignaient qu'ETA n'envisage de "peser" sur la compagne électorale en cours. Cependant, à l'appui des revendications explicites d'autres indices relevés sur place tendent à accréditer de façon quasi-certaine l'implication d'Al-Qaida. Il y a d'abord la découverte d'une cassette coranique à coté de détonateurs dans une voiture volée ayant, sans doute, servi à transporter les explosifs. Un procédé qui n'est pas sans rappeler la découverte d'un Coran et d'un texte écrit de la main de Mohamed Atta à coté de manuels de navigation aérienne dans une camionnette abandonnée par les kamikazes du 11 septembre 2001. Autre indice : la simultanéité de quatre attaques à la fois qui caractérise le style d'attentats d'Al-Qaida. Des liens Al-Qaida-ETA ? Comment expliquer ces indices menant à des pistes contradictoires. Une " collaboration terroriste " entre les deux organisations peut apparaître, à première vue, comme une chose impensable, tellement l'alliance entre elles est contre nature. Et pourtant, de source américaine, Al-Qaida avait déjà sous-traité, par le passé, l'aide logistique et la fourniture en explosifs auprès de l'ETA et d'autres organisations terroristes gauchistes européennes, comme les Brigades Rouges italiennes. Tout aurait commencé à la fin du mois de mars 2002, par une révélation faite par un prisonnier marocain détenu à Guantanamo, au sujet d'un projet d'attentat contre les navires de l'OTAN empruntant le détroit de Gibraltar. Sur la base de cette information, une investigation conjointe de la CIA et de la DST marocaine a permis de localiser une "cellule marocaine" d'Al-Qaida chargée de l'exécution de cet attentat. Mais, avant de démanteler cette cellule, au début du mois de mai 2002, les enquêteurs de la CIA et de la DST marocaine ont décidé de pister ses déplacements durant plus d'un mois. Ils auraient découvert, avec stupéfaction, que ses membres - des activistes islamistes saoudiens -, avaient pris contact, lors de leurs repérages à Gibraltar, avec des membres de l'ETA censés leur apporter un soutien logistique. Les camarades gauchistes de... Ben Laden ! Deux mois après la mise en échec de l'opération Gibraltar, d'autres indices sont venus conforter la thèse de liens entre Al-Qaida avec des organisations terroristes européennes. La preuve en a été faite suite à l'arrestation à Athènes, le 17 juillet 2002, du leader historique du groupuscule d'extrême gauche "17 novembre", Alexandre Giatopoulos. Ce groupe, connu dans les années 70 et 80 pour ses actions anti-impérialistes dont la plus célèbre fut l'assassinat, le 23 décembre 1975, du représentant de la CIA à Athènes, Richard Welch, était considéré comme le groupuscule terroriste le plus secret et le plus "cloisonné" d'Europe. Pourtant, il s'effondrera brusquement lorsque Savvas Xiros, un de ses artificiers, est blessé accidentellement par une bombe qu'il s'apprêtait à faire exploser dans un port maritime de la banlieue ouest d'Athènes, le 29 juin 2002. Interrogé par la police grecque, Xiros fera des révélations importantes sur son organisation. En l'espace de deux semaines, une dizaine d'arrestations sont opérées, dont celle, le 17 juillet, du leader historique du groupe, Alexandre Giatopoulos. Chez ce franco-grec, né à Paris en 1944, les enquêteurs saisissent des archives retraçant l'itinéraire sanglant de son organisation. Dans la masse des documents saisis, une photo intrigue les enquêteurs : on y voyait Giatopoulos en tenue afghane dans un camp d'entraînement d'Al-Qaida ! Après enquête, les services grecs établiront que les liens entre les deux organisations remontent à l'automne 1998. Ces gauchistes grecs auraient été fascinés par la "victoire" que Ben Laden venaient de remporter contre le "monstre impérialiste", lors des attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar Essalam, qui avait fait 224 morts le 7 août 1998. C'est à cette même période que Carlos, autre figure historique du terrorisme gauchiste, apporte ouvertement son soutien à Oussama Ben Laden. Dans une lettre ouverte, envoyée depuis sa prison française, il affirmait que "l'islamisme révolutionnaire avait pris le relais du communisme" pour devenir "le fer de lance de la lutte mondiale anti-impérialiste". Après les attaques du 11 septembre, c'est au tour des Brigades rouges italiennes de tomber dans la fascination du jihadisme. Lors de l'arrestation d'une autre cellule d'Al-Qaida qui préparait une attaque maritime à Venise, le 10 juillet 2002, les enquêteurs italiens mettent la main sur des indices qui établissaient des liens entre cette cellule et les Brigades rouges. Quelques semaines plus tard, les liens entre Al-Qaida et les nouvelles Brigades Rouges italiennes ont été confirmés par un rapport des services de renseignement italiens établi à la demande d'une commission parlementaire et rendu public, le 7 août 2002. Cette alliance sera par la suite officiellement revendiquée par Nadia Desdemona Lioce, une importante figure brigadiste, arrêtée le 2 mars 2003, suite à une fusillade à bord du train Rome-Florence. Lors de sa comparution devant le juge antiterroriste Ferdinando Pomarici, elle refusera de répondre aux questions et se bornera à lire un long manifeste de 16 pages dans lequel elle revendique la solidarité "politique et militaire" des Brigades Rouges avec Al-Qaida. Et de justifier cette position par "la nécessité d'apporter l'appui du prolétariat urbain des pays européens aux masses arabes et islamiques expropriées et humiliée, afin de contrer les visées israélo-anglo-américaines" ! Si l'hypothèse d'une aide active apportée par l'ETA aux cellules d'Al-Qaida qui ont perpétré les derniers attentats de Madrid venait à se confirmer, ce serait un nouveau signe que l'Europe assiste, depuis le 11 septembre 2001, à la naissance d'une nouvelle "internationale terroriste" au sein de laquelle collaboreraient les réseaux djihadistes et une multitude de groupuscules terroristes européens de tendance gauchiste ou nationaliste. Un schéma somme toute semblable à l'alliance qui avait vu le jour, dans les années 70 et 80, entre des organisations gauchistes et nationalistes arabes, comme Septembre Noir, Abou Nidhal, le Fplp ou l'organisation Carlos et leurs "camarades" européens d'Action Directe, des Brigades Rouges ou de la Bande à Baader. Atmane Tazaghart
Directeur du bureau parisien de la revue panarabe Al Majalla © Sentinel, analyses et solutions |
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